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Nicolàs Franco:

Primeras Letras

L'invité - Emmanuel Pierrat, avocat au Barreau de Paris, spécialiste dans la propriété intellectuelle. Il a défendu notamment les successions de Picasso et Bourdieu. Le juriste est aussi conservateur au musée du Barreau de Paris, grand collectionneur de livres anciens et d’art africain, éditeur romancier et essayiste (juridique, culture, censure…), rédacteur d’un blog judiciaro-littéraire et traducteur. 

Du 8 août au 22 octobre 2017 : L’artiste chilien Nicolàs Franco présente au Musée d’art contemporain de Lima, l’exposition “Primeras Letras” : premières lettres.

 

Nicolas Franco, s’inspire de la figure tragique de Jorge del Carmen Valenzuela Torres, aussi appelé le Chacal de Nahueltero. Deuxième exposition autour de ce sujet.

 

C’est dans le Sud du Chili, que Valenzuela 8 ans quitte ses parents pour gagner sa vie. Adulte il erre le long des routes. Une femme veuve vivant avec ses enfants l’héberge.

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Mesdames et Messieurs, interruption momentanée des programmes. Nous apprenons à l’instant, en cet automne 1960, qu’au sud du Chili, à Nahueltoro, un paysan du nom de Jorge del Carmen Valenzuela Torres, a assassiné sa femme, ainsi que les cinq jeunes enfants de celle-ci. Les faits portent à croire que le crime n’était pas prémédité, mais des facteurs non négligeables ont été pris en compte : ledit paysan était analphabète et porté sur la boisson. Nous savons également qu’il s’était retrouvé sans toit ni travail peu de temps avant que ne se déroule la tragédie. La famille vivait misérablement en pleine nature, et un jour, Valenzuela, plus éméché que de coutume, en pleine dispute avec sa femme, la fait taire à jamais. Les enfants sont témoins, il leur réserve le même sort, jusqu’au nourrisson. Les meurtres ont été commis dans une extrême violence : Valenzuela, muni d’un outil, a frappé sa femme au visage, n’ayant pas hésité à porter d’autres coups pour s’assurer que le corps était sans vie.Il a réitéré ces gestes sur les jeunes enfants qu’il a poursuivis, jusqu’à ce qu’il se retrouve seul, debout au milieu des corps étendus autour de lui. D’après la police, Valenzuela, dans un ultime élan, a déposé des pierres sur les dépouilles, comme s’il voulait se recueillir auprès de ceux que, malgré tout, il avait peut-être aimés.

 

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L’un des meurtres les plus traumatisants du Chili. 1960 - Ce paysan errant est inscrit dans l’histoire.

 

Quelques minutes après le massacre, Une culpabilité le frappe. Il ébauche alors un rituel et dispose des pierres sur les corps “par peur qu’ils s’envolent”, dit-il.

 

Incarcéré, il apprend à lire et écrire.

Ce sont ces 2 premières (et dernières) lettres qui sont exposées ce soir devant vous. Une lettre à destination de sa mère l’autre au président

 

Nicolas Franco s’empare donc de ce fait très médiatisé, et décisif dans le rapport entre l’Etat chilien et la population.

 

Cet homme en errance depuis son plus jeune âge ne pouvait pas être ce fameux “individu-entreprise” prêt à jouer sur le marché. Valenzuela a été pris en charge par la société une fois condamné à mort.

L’homme meurtrier et l’homme incarcéré nous semble bien différents une fois passé par la case prison. Telle une renaissance, il y fait ses premiers pas avant d’être exécuté en 1963.

 

“De l’hygiène au travail, en passant par le sport, la religion et l’instruction, l’institution carcérale du Chacal porte la marque caractéristique du contrôle disciplinaire du corps visant à produire un sujet économiquement et politiquement utile à la société moderne”, Résume Esteban Radiszcz, psychanalyste chilien.

Ne serait-il pas par lui-même le symptôme du malaise de la société qui le marginalise et le condamne?”

 

L’artiste ne cherche pas à exorciser le mal : il redonne sens aux mots et à leurs valeurs, dans cette histoire exégétique. Aucune photographie, ici, l’écriture est l’image de Valenzuela. bien que truffées de fautes d’orthographes, et rédigées de travers sur des feuilles scolaires : la prose de ces lettres est poétique. Les lettres telles des épitaphes viennent inspirer les cinq oeuvres dans lesquelles nous allons creuser.

CRÉDITS - 

Avec :

Xavier Prieur, Comédien, Rédacteur

Hanna Rosenblum, Comédienne, Rédactrice

Léa Taïeb, Rédactrice et Voix

Adrian de Banville, Traduction et Voix

Vidal Edel, Voix

Déborah Gutmann, Animatrice et Rédactrice

 

Lucien, Prise de son, Montage, Mixage

Déborah Gutmann, Réalisation, Production 

Lior Attia, Visuels