#15

MILF Plateaux

Une exposition du rhizome, du réseau, de strates et de plateaux, une exposition mutante,

une exposition de mélanges et de convergences, de croisements et de rencontres,

hackings, détournements, transgressions, une exposition sans genre et génitale,

une exposition sexuée et transgenre, queer et jouissive, politique et poétique.

 

 

Donna Haraway, décrit dans son Manifeste Cyborg de 1985 le cyborg comme un être

« résolument du côté de la partialité, de l’ironie, de l’intimité et de la perversité. Il est dans l’opposition, dans l’utopie et il ne possède pas la moindre innocence ».

 

 

Exposition collective, MILF Plateaux a été pensée comme un projet cyborg, un projet construit sur différentes couches, par mises en relations, mises en questions. MILF Plateaux ouvre une réflexion sur la mise en scène, la représentation et la revendication des identités.

 

Comment s‘émanciper des regards et des discours normatifs qui colonisent nos imaginaires ? Comment se construire hors d’un regard, d’une parole dominante souvent sexiste, hétéronormée, raciste, classiste ?

 

 

MILF Plateaux invite à réfléchir à différents moyens de détourner et se réapproprier les stéréotypes, donner à entendre des paroles invisibilisées, élaborer des contre-narrations et des récits alternatifs : moyens de perturber, enrayer, dérégler les mécanismes de la domination.

 

Par piratages, MILF Plateaux joue avec la pensée rhizomatique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, développée dans Mille Plateaux en 1980.

Appropriation et détournement.

 

Système ouvert, évoluant sans hiérarchie et horizontal, la pensée en rhizome est celle du réseau, de la transversalité, de l’ouverture. Empruntant son vocabulaire à la botanique, elle conçoit les idées comme des graines, des germes ou des tubercules. A la manière d’un flux, d’un dédale enchevêtré de racines, ce système ouvert fait pousser les idées dans un mouvement organique. Chaque pensée, image, concept s’additionne ou se mélange, formant une totalité vivace, mobile, changeante.

 

 

Rhizomatique, MILF Plateaux repense la forme de l’exposition collective. Par divisions ou concrétions, par rapprochements et mises en liens, le projet fait se rencontrer plusieurs couches, se heurter différentes strates et plateaux. Mille-feuille, MILF Plateaux dévoile des œuvres vidéo, un espace de documentation (théorie du genre, science-fiction féministe, épistémologie décoloniale, littérature queer), des événements et les installations de trois artistes invités à investir l’espace.

 

 

Prenant corps en images, en sons, en actions, en matières, les pièces de Kayije Kagame, Maëlle Gross et Soufiane Ababri parlent de leurs points de vue sur des façons d’être, de se dire, de se montrer.

 

 

Performance et images filmées d’un temps passé et réactualisé, gestes et actions minimales, dessins érotiques et politiques d’une histoire récente et incarnée, objets minéraux et mystiques, musiques, mots et langues futures et utopiques sont autant d’outils pour décloisonner les corps, les voix et les espaces.

 

Colonisée par la vidéo, l’exposition est aussi le lieu de rencontre d’artistes iconoclastes de différentes générations.

 

Jouissives, colorées, vibrantes, ces œuvres prennent plaisir dans la confusion des frontières, dans la mutation des sexualités et des genres, dans une revendication au plaisir et à la liberté, auto-portraits, auto-fictions, mises en scènes du moi où les artistes apparaissent comme matière première de leur propre discours.

 

Les poèmes visuels dévorants de Suzan Pitt se reflètent dans les chorégraphies hallucinées et charnelles de Jacolby Satterwhite. Maria Lassnig, elle, se chante en femme et artiste femme aux côtés des images méditatives et politique de Tabita Rezaire qui revient sur l’histoire de l’exploitation du corps féminin. Marilou Poncin et Pipilotti Rist se percutent dans un corps à corps entre danses médiatiques et émancipatrices, séductrices et militantes.

 

 

Cet ensemble forme un réseau aux points d’entrées multiples, à la fois indépendants et interconnectés qui se transforment et se traversent. Evolutive aussi bien dans le temps que dans l’espace, l’exposition devient le lieu de connexions hétérogènes, inattendues et imprévisibles. De fantasmes en fictions, MILF Plateaux invite à se penser, se raconter, s’écrire hors des chemins tracés par d’autres.

 

 

« Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer » ; nous dit Mille plateaux.

 

VOUS Y ENTENDREZ des extraits de : 

-Gilles Deleuze, Lignes de fuite et lignes de vie, à Vincennes en 1980 

-Fernando Pessoa, Fragments d'un voyage immobile

-Laurie Anderson, On the air

CRÉDITS - 

Avec :

Déborah Gutmann, Animatrice et Rédactrice

Gaël Kamilindi, Comédien de la Comédie Française

Tadéo Kohan, Commissaire d'exposition, Rédacteur

Xavier Prieur, Comédien, Rédacteur

Hanna Rosenblum, Comédienne, Rédactrice

Antoine Héraly, Illustrateur sonore

Claudius Pan, Comédien

Léa Taïeb, Rédactrice

Claudius Pan, Musique originale

Lucien, Prise de son, Montage, Mixage

Déborah Gutmann, Réalisation, Production 

Lior Attia, Visuels