#2 S02

LA PHOTOGRAPHIE D'ARCHIVES

de Phia Ménard

Nous avons tous des images intimes, secrètes, qui ont bouleversées nos vies. Ces images sont enfermées à clé dans nos tiroirs, terrées sous nos lits, ou bien utilisées en guise de marque page. On fait disparaître ces images du domaine du visible - mais on ne les oublie pas. C’est la nuit et l’image de nos désirs fous nous hante.

PHIA MÉNARD est une chorégraphe et metteuse en scène des éléments, des forces de la nature. Elle présente Saison Sèche, du 10 au 13 janvier prochain à la  MC93 à Bobigny. Si vous avez envie de voir imploser un patriarcat bas de plafond, d’assister à un women empowerment tellurique sous forme d’une ronde de sabbat, réservez vite vos places.

 

Après avoir vu l’espace et les possibles rétrécir comme un pull au lavage, PHIA MÉNARD est passée de ce qu’elle appelle un “féminisme de loisirs” à un féminisme de lutte, une lutte constante et nécessaire. “Une fois qu’on a fait tomber le prince charmant, dit-elle, on s’aperçoit que le château fort n’est pas tombé pour autant”.

 

Hors micro, on a parlé avec elle des cycles lunaires, des traumatismes collectifs, de la guerre froide, des années sida, de l’assassinat de l’amour. De la difficulté de rendre le pouvoir.

 

PHIA MÉNARD nous a apporté une photographie en noir & blanc d’Igor Kostine datée de 1986.

‘Liquidateurs sur le toit de la centrale de Tchernobyl’

 

Igor Kostine, le regard de Tchernobyl a été le premier photographe à se rendre sur les lieux de l’explosion du réacteur  de la centrale nucléaire en avril 1986.

De cette série, il dit avoir conservé « un goût de plomb entre les dents ».

60 jours au plus près des particules, il a été au plus près de ceux que l’on appelle les “liquidateurs” .

Quelques heures après l’explosion, 800 000 liquidateurs - ou - 800 000 hommes en provenance de toute l'URSS pour nettoyer, décontaminer, purger le périmètre irradié à force de petits coups de pelles.

On leur a promis l’héroïsme, les piédestaux, la richesse.  

Plutôt du mensonge, de la triche, de la poudre aux yeux !

L’oubli, l’indifférence et les corps rongés par la radioactivité ont été leurs anti-trophées.

Kostine se souvient : « La radioactivité les rongeait de l'intérieur. Ils souffraient tant qu'ils se cramponnaient aux barreaux métalliques. La chair de leurs mains y restait collée. Parler de tout cela me rend malade »

 

PHIA MÉNARD nous propose, à travers cette image, de raviver les oubliés, les sacrifiés,  6 d’entre eux se couvrent de plomb devant nos yeux.

 

Elle nous a présenté à travers la photo de Kostine un autre château fort, un ennemi invisible, qui a bouleversé sa vie : celui de l’empire nucléaire et des catastrophes auxquelles il peut mener. Car oui, patriarcat et libéralisme sont pieds et poings liés. L’un entraînera la chute de l’autre - mais comment participer à cet effondrement ?

 

En créant de petites failles, pour faire vaciller les certitudes.

Attaquer le spectateur par sa chair. 

CRÉDITS - 

Avec :

Phia Ménard

Déborah Gutmann, animatrice, rédactrice

Antoine Heraly, comédien et rédacteur

Xavier Prieur, comédien, rédacteur

Gaël Kamilindi, comédien, rédacteur

Hanna Rosenblum, comédienne, rédactrice

Claudius Pan, comédien, rédacteur

Tadeo Kohan, commissaire d'exposition, rédacteur

Léa Tb, rédactrice

Déborah Gutmann, Antoine Héraly et Xavier Prieur, réalisation et production

Claudius Pan, musique originale

Lïor Cohen-Attia, identité visuelle et site internet

Antoine Héraly, montage et mixage

Avner, prise de son